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Qu'après en être revenu de Jean-Baptiste André - Association W
Derrière ce titre énigmatique se cache la fascination de Jean-Baptiste André, équilibriste et clown, pour le Grand Nord, magnifié par l’explorateur français Jean-Baptiste Charco...
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Derrière ce titre énigmatique se cache la fascination de Jean-Baptiste André, équilibriste et clown, pour le Grand Nord, magnifié par l’explorateur français Jean-Baptiste Charcot dans les récits qu’il fit de ses expéditions polaires en Antarctique au début des années 1900.

Jouer avec ses limites, dépasser ses souffrances et, une fois l’exploit accompli, n’avoir plus qu’un seul désir, y revenir. Cette addiction irrépressible, l’artiste la connaît bien et l’homme de cirque dans sa recherche de l’absolue performance est à sa manière un explorateur de l’extrême. À chaque instant il se pose la question de l’équilibre, de la limite. Jean-Baptiste André, après avoir récemment interprété deux soli, a choisi de s’adjoindre des complices pour ce voyage imaginaire dans les grands espaces blancs.

Ils sont trois acrobates équilibristes, Julia, l’allemande, Mika, le finlandais, et Jean-Baptiste lui-même, à flotter dans l’espace, à danser sous le feu d’un musicien lui aussi présent sur scène. Sur un fragment de banquise, ces trois poètes téméraires et délicats tracent de leur corps le contour des folles épopées qui ont nourri nos rêves d’enfants, inspirées des récits de Jules Verne, Jack London, et autres aventuriers. Qu’après en être revenu est une création forte qui s’ouvre sur de nouveaux horizons où le cirque et la danse se confondent dans la virtuosité, non sans humour.


Entretien avec Jean-Baptiste André


Après deux solos (diptyque Intérieur Nuit et Comme en plein jour), pourquoi avez-vous fait le choix de convier deux autres équilibristes sur Qu’après en être revenu ?

Depuis ma sortie du CNAC en 2002, j’avais en tête cette idée de réunir un plateau d’équilibristes : pouvoir orchestrer une sorte de ballet, développer le rapport physique aux partenaires, jouer sur les géométries du groupe… L’équilibre sur les mains est ce qui nous rassemble, autant que ce qui nous différencie : nous pratiquons tous les trois la même discipline, et pourtant nous avons chacun notre manière de l’aborder - par notre sensibilité, ou par la technique spécifique que nous avons développée.

L’expédition polaire constitue le fil rouge de ce nouveau spectacle : y a-t-il une filiation avec les thématiques abordées dans vos précédents spectacles ?

Mes deux premières pièces étaient mues par l’idée de la métamorphose – physique et spatiale sur Intérieur nuit, psychologique et théâtrale pour Comme en plein jour. L’idée de la limite physique, de l’endurance du corps explorée sur Qu’après en être revenu représente une continuité : dans la manière de travailler, d’être habité par un état, transformé par une émotion… Cette thématique s’est cristallisée dans le récit des explorations polaires : apprivoiser son corps, dompter l’effort, être dans une progression, ce sont des choses que je retrouve dans ma pratique physique des équilibres.

Comment cet univers polaire est-il présent dans la scénographie ?

Nous travaillons avec une matrice de papier journal qui recouvre l’intégralité du plateau, passant du statut de carte sur laquelle on cherche son chemin, à une carte métonymique - au moment où nous la déplions sur scène, elle devient elle-même la banquise.

Ce papier blanc est utilisé tant pour sa dimension plastique, que pour sa texture sonore, qui rappelle le craquement de la neige. Nous l’utilisons aussi comme un partenaire : il est enroulé, déchiré, froissé, représente la métaphore de l’avalanche, de la tempête. Cette matière qui nous submerge, nous recouvre, dont on essaie de sortir, de s’extirper…

De quelle manière la dimension théâtrale se fait-elle plus présente sur cette création ?

Il n’y a pas de texte, mais des souffles, des respirations, quelques cris… La théâtralité se cherche davantage au niveau de la présence : une sorte d’exposition du corps à l’état brut, qui se laisserait voir, plutôt qu’il ne se montre. Je cherchais la confrontation de trois singularités, qui font l’expérience d’un "partir ensemble", pour interroger la notion de communauté, de tribu.

Les costumes sont-ils destinés à symboliser cette notion de tribu ?

Les "doudounes", ces sweats à capuche en pelages, symbolisent les manteaux de fourrure dont s’harnachent les explorateurs. Nous avons travaillé sur des couleurs complémentaires – une gamme de bleu, gris, marron. Au bout d’un moment, la perception est troublée, les présences se confondent, on a parfois l’impression d’un corps composite fait de plusieurs personnes.

Le guitariste Tony Chauvin, qui avait aussi créé la bande son de Comme en plein jour, est désormais sur scène avec vous ?

Son mode de jeu est un peu particulier : il travaille avec des pédales d’effets, et l’utilisation de quatre amplificateurs lui permet de spatialiser les sons. Le fait de jouer en direct sur scène avec nous lui permet d’être vraiment à l’écoute, il donne la respiration du spectacle. Les contrepoints musicaux se créent par rapport à l’action en cours. Il offre un paysage sonore aux évolutions physiques des corps, il donne de l’organicité à nos mouvements.

Propos recueillis par Julie Bordenave


Carré Magique Lannion - mardi 31 mai à 19 h & jeudi 2 juin à 18 h 30

Tarif 8 € /15 € à partir de 22 ans
Source : Carré Magique